Quand je suis arrivée au pied de leur immeuble, que j’ai trouvé leur bouton d’interphone, je me suis quand même dit que j’étais peut-être en train de faire une énorme connerie. Et pourtant, j’ai sonné. Je n’ai pas attendu longtemps avant qu’on me réponde. J’ai poussé la porte et me suis dirigée vers l’ascenseur, comme mue par une force irrésistible. La force d’un fantasme qui était né en moi depuis que j’avais été draguée, un soir, par ma collègue échangiste.

Onzième étage. Au rythme où monte cet ascenseur, je ne suis pas rendue. J’ai le temps de me remémorer dans les moindres détails ce fameux soir où ils m’ont draguée, sans même que je m’en aperçoive. C’était un repas entre collègues, le genre de choses organisées par le patron pour souder l’équipe. Tu parles que ça allait souder l’équipe.

Amanda était venue avec son mari, comme la plupart de mes amies de bureau. Moi, divorcée, célibataire, j’étais arrivée avec ma bonne mine, et c’était déjà pas mal. Je me suis retrouvée assise à côté de lui, un grand mec, très fin, très drôle, avec qui je me suis tout de suite bien entendue.

Jamais, avant ce soir là, il ne me serait venue à l’idée que, parmi l’équipe, se trouvait une collègue échangiste. Mais, durant ce repas, des doutes me sont venus au sujet d’Amanda et Cédric. Vous savez ce que c’est : on boit un peu et, fatalement, pour éviter de parler politique, on en vient à parler sexe. Sexe et fantasmes, sexe et passé, sexe et ex, sexe et fidélité.

Qu’est-ce qui m’a pris aussi ? L’alcool, peut-être. Sans doute un peu sous le charme, aussi. Toujours est-il que, au cours de la conversation, j’ai supputé que Cédric était fidèle à Amanda. Il m’a regardée dans les yeux, avec un air de défi : « non, je ne le suis pas ». Devant mon incrédulité, il s’est retourné vers sa femme, en pleine discussion avec un cadre de la boite et lui a demandé : « chérie, tu crois que je suis fidèle ? ». Pour toute réponse, Amanda est partie dans un éclat de rire.

L’histoire aurait pu s’arrêter là. Sauf que, le lundi matin suivant, ayant un truc capital à terminer avec Amanda, j’ai remis ça, la complimentant sur son mari. J’ai même dit que je le trouvais séduisant. « Si tu veux, je te le prête ». J’ai rigolé, un peu gênée. Mais le soir même, je retrouvais dans mon sac à main un mot écrit manifestement par Amanda : « rendez-vous chez nous demain soir, mardi, à 21 heures. Voici notre adresse ».

La porte de l’ascenseur vient de s’ouvrir : onzième étage, terminus, tout le monde descend. Amanda, ma collègue échangiste, m’attend sur le pas de la porte, un large sourire aux lèvres. Elle est belle, très belle. Je me dis que si j’étais un homme, et que j’avais une épouse comme elle, je n’irais sans doute pas voir ailleurs. D’autant que, malgré tout le charme qu’il dégage, Cédric n’est objectivement pas un canon.

Plus moyen de reculer maintenant. Amanda me fait la bise, en posant délicatement sa main sur mon épaule nue et me fait entrer. Son homme est là, qui m’attend lui aussi. Bises timides. Il m’indique le salon en me priant de faire comme chez moi. Le salon, pas la chambre-à-coucher, c’est déjà ça. Riez si vous voulez, je ne sais pas, alors, comment se passe ce genre de soirées.

On me fait asseoir sur le canapé, devant une table basse pleine d’amuse-gueules et Cédric lance « champagne ? ». Je ne sais plus comment je m’appelle, ou ce que je suis venue faire là, chez une collègue échangiste. Je bois mon verre d’une traite. Cédric est assis à ma droite, Amanda à ma gauche.